Le thuya fait partie des haies les plus plantées en France depuis les années 1970. Pourtant, depuis quelques années, les interdictions se multiplient. Alors, est-il vraiment interdit ? La réponse est plus nuancée qu’un simple oui ou non.
Le thuya est-il vraiment interdit en France ?
Non, aucune loi nationale n’interdit la plantation du thuya. Il ne figure pas sur la liste des espèces invasives réglementées à l’échelle nationale. Mais (et c’est là que beaucoup se font surprendre) de nombreuses communes l’ont interdit localement via leur Plan Local d’Urbanisme (PLU).
Le levier juridique utilisé est l’article L151-23 du Code de l’urbanisme, qui autorise les communes à fixer des règles sur les plantations dans les nouvelles constructions et lotissements. Résultat : dans certaines villes, le thuya figure explicitement sur une liste noire. C’est le cas à Niort, dans plusieurs communes d’Auvergne-Rhône-Alpes, et dans d’autres territoires engagés dans la protection de la biodiversité.
En parallèle, 28 départements ont adopté des arrêtés préfectoraux qui limitent ou interdisent la plantation du thuya à proximité de forêts, de zones humides ou d’espaces protégés. Ce n’est pas une interdiction générale, mais ça touche beaucoup de jardiniers.
Pourquoi autant de communes veulent s’en débarrasser ?
Un désert pour la faune
Le thuya ne produit ni fleurs ni fruits. Aucune ressource pour les oiseaux, les insectes ou les pollinisateurs. Les écologistes parlent de « béton vert » : une haie dense qui coupe les corridors naturels et stérilise tout autour d’elle.
En se décomposant, ses écailles libèrent des tanins qui font chuter le pH du sol en dessous de 5,0. Résultat : la terre s’appauvrit, la microfaune disparaît et les plantes voisines peinent à s’installer. Une haie champêtre diversifiée, en comparaison, peut accueillir jusqu’à 100 espèces d’insectes et 80 espèces d’oiseaux.
Sa consommation d’eau pose aussi problème : le thuya absorbe jusqu’à 60 % d’eau de plus que les essences indigènes, asséchant les sols alentour, surtout en période de sécheresse.
Un danger en cas d’incendie
C’est l’argument qui monte dans les discussions municipales. Le feuillage du thuya contient de la thuyone, une huile essentielle très volatile. En période de sécheresse, une longue haie peut s’embraser en moins de 3 secondes et générer des flammes dépassant 800 °C. Elle agit comme une mèche entre les maisons.
À cela s’ajoute un problème de vieillissement : les haies plantées dans les années 1970-1980 atteignent leur fin de vie et sont déjà décimées à 80 % par le champignon Coryneum. Elles deviennent sèches, friables et encore plus inflammables.
Ce que risque un propriétaire qui ne respecte pas les règles
Si vous plantez des thuyas dans une commune dont le PLU les interdit, les services d’urbanisme peuvent constater l’infraction et exiger l’arrachage. En cas de refus, une amende pouvant atteindre 1 500 euros peut être infligée.
En pratique, les contrôles visent surtout les nouvelles plantations. Pour les haies existantes, beaucoup de communes proposent des délais ou des aides financières pour faciliter le remplacement :
- Communauté de communes des Rives de Saône : aide à l’arrachage couvrant 40 % du coût, plafonnée à 500 €
- Limoges Métropole : 50 % de la facture d’arrachage (plafond 200 €) + 50 % à la replantation (plafond 150 €)
Certains propriétaires préfèrent ne pas replanter du tout et optent pour une clôture en remplacement de la haie de thuyas : c’est souvent plus simple à entretenir sur le long terme.
Avant tout projet, consultez le PLU de votre commune ou contactez le service urbanisme. Les règles varient d’une mairie à l’autre.
Quoi planter à la place ?

Les alternatives recommandées sont les haies champêtres composées d’essences locales variées. Elles offrent de l’intimité, résistent mieux aux maladies et soutiennent la faune tout au long de l’année.
Quelques essences conseillées selon vos besoins :
- Intimité toute l’année : houx, troène commun, if commun
- Floraison et parfum : lilas, forsythia, seringat
- Haie nourricière : noisetier, cornouiller sanguin, sureau noir, aubépine
- Haie défensive : prunellier, aubépine épineuse
Pour remplacer une haie de thuyas, prévoyez d’amender le sol avec du compost et un peu de chaux agricole pour corriger l’acidité laissée par les tanins. Ne broyez pas les branches en paillis : les terpènes bloquent la germination des nouvelles plantes.







