Robert Lewis May a inventé le personnage de Rudolph le renne au nez rouge en 1939, à Chicago, alors qu’il travaillait comme copywriter pour le grand magasin Montgomery Ward. Le magasin lui a confié l’écriture d’un livre de Noël offert aux clients, et May a imaginé un neuvième renne, le plus jeune, dont le nez lumineux guide le traîneau du père Noël dans le brouillard. Derrière ce récit, il y a une histoire de famille, de fragilité, et aussi une mécanique commerciale redoutable. Cette double origine explique la force durable de Rudolph, à la fois attendrissant et parfaitement mémorable.
Qui est Robert L. May, le créateur de Rudolph ?
Robert L. May naît le 27 juillet 1905 à New York et meurt le 11 août 1976. Il travaille dès les années 1930 comme copywriter publicitaire chez Montgomery Ward, à Chicago. Il vit au cœur d’une Amérique qui industrialise ses fêtes, où l’imaginaire de Noël devient aussi un terrain de marque.
Son enfance timide, marquée par les brimades, lui inspire la figure d’un “vilain petit canard” transposé en renne. Sa fille Barbara, âgée de 4 ans, s’émerveille devant les cerfs du Lincoln Park Zoo, et ce goût enfantin oriente May vers l’animal. Son deuil frappe en plein travail, car sa femme Evelyn meurt d’un cancer en juillet 1939, et cette peine donne à Rudolph une tonalité tendre, obstinée, presque réparatrice.
Les circonstances de la création chez Montgomery Ward
La commande du magasin et le processus d'écriture
Au début de 1939, Montgomery Ward demande à May un livre de Noël gratuit, gai, simple à distribuer, avec un animal en vedette. Le magasin cherche une alternative interne pour réduire les dépenses liées aux livrets et aux illustrations achetés à l’extérieur. May prend la commande à bras-le-corps et vise un personnage qui touche vite, un outsider au grand cœur. Il ancre son idée dans son quotidien de Chicago, entre vitrines, bureaux, et hiver qui mord.
- May choisit un renne de Noël, figure évidente des attelages du père Noël, et le place en marge du groupe.
- May imagine un nez rouge lumineux en pensant au brouillard sur le lac Michigan observé depuis son bureau.
- May rédige l’histoire en environ 50 heures, avec un rythme de travail serré.
- May lit le texte à Barbara, qui valide l’histoire et préfère le prénom Rudolph à Rollo ou Reginald.
- Denver Gillen illustre le livret après une visite au zoo, pour donner au renne une silhouette crédible.
Le lancement et le succès initial
Montgomery Ward distribue le livre gratuitement pour Noël 1939 dans ses magasins. Le public adhère tout de suite, et les clients réclament des exemplaires, signe d’un attachement immédiat. May continue malgré son chagrin, porté par l’accueil et par la nécessité d’avancer. Le petit renne, né d’une commande utilitaire, devient une figure que l’on garde, que l’on relit, que l’on transmet.
| Année | Événement / Ce que ça change pour May |
|---|---|
| 1939 | Montgomery Ward offre le livre à Noël / May voit Rudolph rencontrer son public au moment où sa vie personnelle vacille. |
| 1946-1947 | Sewell Avery cède les droits à May / May réduit ses dettes médicales et reprend la main sur sa création. |
| 1951 | May quitte Ward et gère Rudolph Enterprises / May transforme Rudolph en activité à part entière. |
| 1958 | May revient chez Montgomery Ward / May retrouve une stabilité professionnelle après l’aventure entrepreneuriale. |
L'héritage de Rudolph au-delà du livre
En 1948, Johnny Marks, le beau-frère de May, compose la chanson “Rudolph the Red-Nosed Reindeer”. La portée du personnage change d’échelle quand la musique s’en empare, même si les premiers grands noms sollicités ne suivent pas. Bing Crosby puis Dinah Shore refusent le titre, ce qui aurait pu l’enterrer. Gene Autry l’enregistre en 1949, et la chanson devient un raz-de-marée populaire.
- La chanson devient le deuxième single de Noël le plus vendu après “White Christmas”.
- Les années 1950 voient apparaître plus de 100 produits sous licence autour de Rudolph.
- La notoriété installe Rudolph comme un emblème de Noël dans la culture populaire.
May parle de “la maison que Rudolph a bâtie”, car les revenus financent son foyer et les études de ses six enfants. Chaque année, une statue de Rudolph trône sur sa pelouse pour les photos des enfants du voisinage, comme une preuve tangible qu’un conte publicitaire a fini en rituel familial.







