Un garçon de 12 ans dans le coma, un carnet de rêves planqué sous son matelas, une mère qui décide de les vivre à sa place. Voilà le point de départ de La Chambre des merveilles, premier roman de Julien Sandrel paru le 7 mars 2018 chez Calmann-Lévy. Quatre semaines de compte à rebours, un tour du monde bricolé dans l’urgence, une fin qui laisse la porte entrouverte. Environ 300 000 exemplaires écoulés en France et 26 traductions plus tard, le livre trône encore au rayon feel-good.
Le pari fou d’une mère lancée contre la montre
Louis veut parler à sa mère. Ce matin-là, il compte lui avouer qu’il est amoureux pour la première fois. Thelma pense à son travail, à ses urgences de responsable marketing dans une marque de shampoing. Le gamin part vexé sur son skate, traverse la rue à fond, un camion le percute.
Le pronostic tombe vite : sans amélioration en quatre semaines, l’équipe médicale débranchera le respirateur. En rentrant de l’hôpital, Thelma trouve un carnet sous le matelas de Louis. Il y a listé ses « merveilles », les expériences qu’il rêvait de vivre un jour. Nager avec des baleines, marcher dans Tokyo, embrasser une fille. Elle prend une décision : accomplir ces merveilles à sa place et tout lui raconter au chevet du lit, page après page. Le roman avance ensuite sur deux rails, la chambre de réanimation d’un côté, une course tendre et cabossée à travers le monde de l’autre.
Est-ce que La Chambre des merveilles est une histoire vraie ?
Non. C’est pourtant la première question que se posent les lecteurs. Julien Sandrel a raconté que l’idée lui était venue en regardant ses propres enfants dévaler la rue en trottinette. Aucun drame derrière, juste ce vertige du « et si » que connaissent tous les parents. Il en a tiré une fiction intégrale, personnages compris.
Ce point de départ intime explique la sensation de vécu que décrivent les lecteurs. Les émotions sonnent juste même quand l’intrigue force le trait. Le livre n’est ni un témoignage ni un récit médical.
Ce que les lecteurs retiennent du roman
Les scores parlent d’eux-mêmes : 4 sur 5 sur Babelio pour plus de 8 000 notes, 4,1 sur 5 sur Booknode, 4,5 sur 5 côté Amazon. Trois arguments reviennent d’une plateforme à l’autre :
- un rythme court, des chapitres qui s’enchaînent d’une traite
- l’humour de Thelma, qui empêche le sujet de virer au mélodrame
- la relation entre Thelma et sa propre mère, seconde histoire du roman
« Le livre qui vous fera pleurer de bonheur », résumait Bernard Lehut sur RTL.
Les réserves existent aussi. Les lecteurs exigeants pointent des ficelles narratives commodes et des péripéties peu crédibles. Le roman joue l’émotion avant la vraisemblance et l’assume de bout en bout.
Une fin ouverte qui fait débat
Impossible de la raconter sans gâcher la lecture. Retenez ceci : Sandrel refuse le « tout est bien qui finit bien » et signe une fin suspendue, lumineuse mais non résolue. Le lecteur repart avec des indices et sa propre interprétation. Beaucoup referment le livre en filant chercher des explications sur les forums, ce qui en dit long sur l’efficacité du procédé. Le réflexe n’a rien d’unique : il faut le même travail pour décrypter la fin des Furtifs de Damasio, autre roman qui refuse de tout expliquer à son lecteur. Le roman livre des éléments que l’adaptation cinéma passe sous silence, donc l’ordre livre puis film reste le bon.
Livre ou film : ce qui change dans l’adaptation
Sorti le 15 mars 2023, réalisé par Lisa Azuelos avec Alexandra Lamy en Thelma et Muriel Robin à ses côtés, le film relève davantage de la réécriture que de l’adaptation fidèle. Rien d’exceptionnel : passer du papier à l’écran impose des arbitrages et certains romans y résistent carrément, comme le montrent les difficultés d’adapter La Horde du Contrevent.
| Le roman (2018) | Le film (2023) | |
|---|---|---|
| L’objet déclencheur | un carnet des merveilles | un journal intime |
| Durée du coma | quatre semaines | plus de six mois |
| Décor principal | voyages au long cours | road trip breton, puis Tokyo |
| La fin | des réponses, une porte ouverte | elliptique, sans ces réponses |
Une pièce de théâtre tirée du roman a également tourné, jouée au Théâtre des Variétés début 2023.
Quelle édition du livre choisir ?
Trois formats coexistent. Le grand format Calmann-Lévy de 2018 se trouve autour de 17,90 € et garde la couverture d’origine. La version Livre de Poche parue en mars 2019 tourne autour de 8 € pour un peu plus de 300 pages. Une lecture audio existe aussi pour les trajets. Pour un premier contact, le poche fait le travail : texte identique, format qui se glisse dans un sac.
Le succès a lancé une série de romans au même tempo, un par an chez le même éditeur : La Vie qui m’attendait, Les Étincelles, Merci, Grazie, Thank you, Les Extraordinaires puis Beaucoup d’amour et quelques cendres. Même énergie, même obsession des secondes chances.







